un peu d'histoire

I. Histoire des Compagnies d'Arc

Texte tiré du mémoire de maîtrîse d'anthropologie sociale et culturelle de Mme Mireille DIDRIT intitulé : "Le tir l'arc : étude socio-ethnographiques d'un groupe d'archers de la banlieue parisienne" 

Les Compagnies sont issues de milices qui regroupaient, au Moyen-Age, les serfs, artisans et bourgeois d'une même localité. Ils s'entraînaient le dimanche pour se défendre de l'insécurité des campagnes. 

A partir du XIIème siècle, Louis VI Le Gros affranchit les communes. Les compagnies s'organisent alors en confréries militaires : les connétablies. 

En 1260, Saint Louis publie une ordonnance par laquelle chacun était " requis de prendre exercice du noble jeu de l’arc plutôt que de fréquenter d’autres jeux dissolus " et il s’inscrit lui-même comme membre d’une confrérie. Le tir à l’arc devient ainsi une pratique répandue dans les campagnes autour des bourgs. 

Plus tard Charles VII crée les Francs-Archers, exempts d’impôts. Ces compagnies sont dotées de franchises et de privilèges par tous les rois de France. 

L’organisation juridique des compagnies ainsi que leur code éthique sont conçus à l’image de la chevalerie militaire. On peut dire que le système féodal a suscité un pendant populaire et généré la chevalerie d’arc, qui se fixe les mêmes règles, le même code d’honneur, et observe les mêmes vertus que celles d’origine militaire fondées par les guerriers du haut Moyen Âge. Ces structures corporatives, ayant adopté les règles des confréries des métiers, vont perdurer jusqu’à la période révolutionnaire. 

L’arc et l’arbalète sont souvent considérées comme armes de " vilains ". De là le peu d’extension, le manque d’éclat des compagnies d’arc et d’arbalète, réservées à la basse bourgeoisie et au peuple. 

Dès le XVIème siècle, mais surtout à partir du XVIIème, les compagnies tendent à devenir des lieux de réjouissances et de plaisirs. Les nobles et les haut-bourgeois tiennent alors à en faire partie et ont même tendance à vouloir en exclure les autres. Les compagnies servent de support à une course au prestige social: dès que ces endroits deviennent huppés ou à la mode, ils attirent les éléments des classes supérieures. 

Au XVIIIème siècle, les compagnies connaissent une certaine décadence et l’on se met à les tourner en ridicule; elles perdent peu à peu tous leurs privilèges fiscaux. Les énormes dépenses qu’engendrent les fêtes et les festins qui accompagnent les tirs du Papagault, ancêtre de l’actuel Abat-l’oiseau, où sont conviés les meilleurs tireurs des villes voisines, ces dépenses atteignent un tel degré de faste qu’elles causent la ruine de plusieurs familles et nécessitent la promulgation de l’édit de 1735 qui va amener la disparition d’un grand nombre de compagnies. 

A la Révolution, les compagnies ne peuvent subsister dans leur forme à l’avènement d’un nouveau régime. Elles sont interdites, mais dès la tourmente passée, se reconstituent. Jusqu’en 1850, les compagnies ainsi reformées se remettent sous l’empire des anciens statuts. Elles recrutent surtout dans le milieu ouvrier, offrant une saine distraction à l’ouvrier, le détournant théoriquement de l’alcoolisme très fréquent à l’époque. A la fin du XIXème siècle, Paris et sa banlieue comptent près de deux cent compagnies regroupées en quinze familles. Chaque famille a un comité et l’ensemble de ces comités forme une sorte de conseil supérieur de Chevalerie, première grande organisation du tir à l’arc. En 1863, pour rester en accord avec l’évolution de la société civile et des mentalités, sous la responsabilité du Dr DENONVILLIERS de la Compagnie impériale de Paris, des statuts nouveaux sont publiés, écartant des textes toutes références religieuses, rapprochant étroitement la Chevalerie de l’arc des structures du compagnonnage. 

En 1899, sous l’égide d’Octave JAY, capitaine de la Compagnie de Saint-Pierre de Montmartre, les familles de l’Île-de-France et des compagnies de l’Oise se regroupent pour fonder la Fédération des Compagnies d’Arc d’Île-de-France, munie d’un Conseil supérieur qui s’est donné entre autres la mission d’entretenir l’esprit de confraternité dans la Chevalerie d’arc. 

Les rites liés à la chevalerie sont modifiés, conformément à la loi de 1901 qui interdit toute référence religieuse ou politique dans le cadre d’une association, ils sont laïcisés par O. JAY (qui supprime " les symboles ridicules ou d’un mysticisme outré "). 

Toujours sous l’impulsion de la Chevalerie qui en assure le fonctionnement, la Fédération prend un caractère national en devenant autonome en 1928 pour former la F.F.T.A. Vers la même époque, le tir à l’arc devient un sport olympique. 

Par suite de la progression constante du nombre de licenciés, de l’évolution et de la transformation du tir à l’arc, la chevalerie perd progressivement de son influence au sein de la Fédération. On a vu apparaître de plus en plus d’associations se structurant sous forme de clubs et abandonnant la chevalerie. Dans les années soixante, et notamment après les événements de 1968, le nombre des chevaliers est en chute libre et même dans les compagnies qui conservent cette appellation, la Chevalerie tend à disparaître. Seules quelques unes, notamment en Seine-Saint-Denis, continuent à perpétuer scrupuleusement traditions. 

Il y a donc deux manières de tirer à l’arc en France aujourd’hui, en association: 

- en club pour faire du tir de loisir et de compétition, 

- en compagnie, dans des organisations qui se réclament d’une tradition fort ancienne et où la " course aux points " et la recherche absolue de la performance n’est pas la préoccupation première des membres, bien que beaucoup d’entre eux participent à des compétitions. Leur but est de perpétrer la tradition, et en particulier la chevalerie d’arc. Le maintien de cette tradition est un thème récurrent du discours et de la pratique de ces archers. Ils portent une grande attention à l’histoire de la compagnie et de la chevalerie, comme par un besoin d’authentification. L’uniforme sert à la reconnaissance identitaire. Une vingtaine de compagnies, regroupées par amitié et par proximité, forment une " ronde " ou une " famille "

 

II. Histoire de la Première Compagnie d'Arc de Dammartin en Goële


"Les révolutions peuvent changer le choix d'un Empire, mais les anciennes institutions échappent presque toujours à la barbe révolutionnaire..." 

C'est par ses mots que renaît la Compagnie d'arc de Dammartin, le 1er janvier 1812. 
Le maire de l'époque fait reconstruire un jeu d'arc dans les fossés de l'ancien château... 
"Les tireurs d'arc de Dammartin se formeront en Compagnie, sous le titre de Société du jeu d'arc de Dammartin" 
Cette première renaissance se poursuivra jusqu'à la seconde guerre mondiale. 

En 1982, Daniel Legros apprend que le jeu d'arc se pratiquait à Dammartin. Il voit là l'occasion de réaliser son rêve d'enfant. 
A l'instar de ses ancêtres archers, il réussit à faire ouvrir à nouveau la Compagnie. 
Depuis plus de trente ans, les archers dammartinois accueillent petits et grands dans la bonne humeur et le respect des règles de l'archerie, et leur font découvrir les plaisirs du jeu d'arc.